Les
vœux de ‘’Ghalia’’ pour la nouvelle année
Plume l’écrivaine égyptienne: Reem Abou Eid
Traduction
en langue Française : Salma Ben Yahia
Encore
quelques jours et l’année prend fin pour laisser place à une autre nouvelle et
comme à notre habitude, on accueille le nouvel an chargé de vœux et d’espoir
que l’année qui commence soit meilleure et plus clémente que celle passée.
Seulement, il faut savoir qu’on n’est pas les seuls sur cette terre à avoir des
vœux et de l’espoir en une vie meilleure, calme, sereine et paisible, eux aussi
espèrent vivre en paix bien que leurs vies soient trop courtes comparées à
celles des humains. Ce sont les vœux de la très chère « Ghalia », dont je vous
fais part et qu’elle est dans l’incapacité de formuler comme toutes ces âmes
innocentes et pures qui vivent parmi nous. Ghalia dont je vous parle est un
petite chienne des rues, nos si beaux chiens des rues. Ghalia c’est le nom que
je lui ai donné, je l’ai connue depuis moins de deux mois et son âge ne dépasse
pas les trois mois et malgré son départ prématuré elle a laissé un grand vide
dans mon cœur et un grand et profond amour, tout comme tous les chiens des rues
que je rencontre...oui, tous et sans exception, sont prêts à donner à ceux et
celles qui les approchent, des sentiments sincères et un grand amour sans
conditions ni contre partie. Ghalia avait un mois quand j’avais pris l’habitude
d’aller tous les jours lui donner à manger ainsi qu’à toute sa famille et les
autres membres de sa communauté, sereine et en totale confiance, je passais de
bons moments à jouer avec eux sans peur ni crainte, ils ne m’ont jamais fait
mal, ni menacé, bien au contraire ils se relayaient pour assurer ma garde et ma
défense s’il le faut partout où je vais, ils n’ont pas été élevés ni entraînés sur
ça et je ne le leur ai pas demandé non plus, ils le faisaient spontanément en
signe d’amour envers l’amitié que je leur ai donné et en signe de
reconnaissance face à ma compassion et à ma sollicitude. Il faut savoir qu’ils
le font instinctivement et dieu a voulu qu’il en soit ainsi, le chien a été
l’ami de l’homme depuis le début de l’humanité et a été voué à son humble
mission qui est d’assurer la sécurité de son maître, celle de son foyer et plus
encore : celle du quartier où il vit, et ce, gratuitement sans conditions et
sans attendre de retour, même si leurs yeux sont pleins de vœux silencieux. Des
vœux comme celles exprimés par l’âme de Ghalia en quittant ce monde, et que je
vous transmets dans l’espoir que ça résonne un jour, dans vos cœurs et consciences.
Ghalia est partie avant quelques jours de la fin de l’année mais un peu avant
son départ, pendant un court moment sa respiration entrecoupée portait
d’énormes vœux. Elle était tombée raide immobile un matin, précipitée, je l’ai
emmené chez le vétérinaire le plus proche de chez moi, elle souffrait de
douleurs atroces que son petit corps ne pouvait supporter, même si elle avait
essayé de toutes ses forces de rester en vie après avoir reçu les premiers
soins, elle s’est réveillée un petit moment et j’avais cru voir un espoir de
survie dans ses yeux, elle essayait de s’accrocher à la vie mais le mal était
plus fort qu’elle. Après un cri déchirant, elle s’est tue une fois pour toutes.
Son cri était chargé de vœux pas encore réalisés pour elle et ses semblables
qui vivent dans notre société. Ses vœux n’étant pas encore réalisés, elle les a
envoyé au ciel accompagner son âme innocente dans son ascension vers l’au-delà
auprès du créateur de cet univers. Ghalia est morte après avoir avalé un objet
solide, jeté dans les tas de poubelles entassées dans la rue et qui lui a
déchiré la paroi muqueuse de l’estomac et l’a fait souffrir deux jours durant
jusqu’à ce que son âme ait lâché. Ghalia avait espéré vivre dans des rues
propres sans détritus ni poubelles des humains, jetés sans aucune gêne et sans
même penser que ça pourrait porter atteinte aux habitants qu’ils soient des
êtres humains ou des animaux. Ghalia avait espéré que sa famille ainsi que tous
les chiens des rues d’Égypte, trouvent la bonté et la tolérance chez les
humains qui semblent avoir oublié que bien traiter les animaux est un devoir
humain et religieux et non un confort ou un luxe comme il semble pour certains.
Ghalia avait espéré une main tendre tendue aux chiots des rues pour leur donner
ce sentiment de sécurité tant recherché et que paradoxalement les parents de
ces chiots offrent aux humains ingrats, la garde de leurs maisons et rues en
pleines nuits d’hiver alors que ces derniers dorment paisiblement dans leurs
lits douillets, tandis que Ghalia et ses sœurs se collaient à leur maman pour
chercher un peu de chaleur dans le froid des longues nuits d’hiver. Ghalia
avait espéré ne voir aucun des siens souffrir le martyre et mourir à petit feu,
empoisonné par une nourriture présentée par une main humaine traîtresse, puis
laisse leurs cadavres jetés dans la rue pour les humilier encore plus que de
leur vivant. Ghalia avait plein de vœux mais qui étaient tous reportés à une
vie ultérieure. Ghalia est partie avec un doux sourire sur son petit visage
qui, peut-être avait vu que l’au-delà était bien l’endroit le plus sûre pour
elle et par le biais de son sourire, m’avait chargée de vous transmettre ses
vœux pour le nouvel an. Je l’ai soigneusement enveloppé dans un drap qui date
du temps de mon enfance comme si je la prenais dans mes bras, puis je l’ai
enterré et mis dans sa tombe trois roses blanches au nombre des mois de sa
courte vie et de la couleur de la pureté de son âme. Elle est morte pendant que
je l’accompagnais, tout comme je l’avais souvent fait de son vivant en jouant
avec elle pendant des heures et que je la laissais défaire les lacets de mes
chaussures, son innocence me faisait mourir de rire. Je ne l’ai pas quitté
depuis qu’elle était tombée malade, ni pendant les heures qui ont suivi sa mort
et jusqu’à ce que je l’ai enterrée, j’ai voulu lui montrer qu’elle était
vraiment chère, que son âme était chère et qu’elle portait bien son nom Ghalia
et c’est exactement ce que je lui ai dit en la couvrant du drap de mon enfance,
qu’elle était très chère et qu’elle n’était pas insignifiante comme le lui ont
fait croire une majorité ignare d’humains sans cœur et sans éducation
religieuse ni civique, qui ignorent que dieu avait créé cette terre pour tous
ses êtres vivants. Ses vœux se limitaient à un traitement décent et aux besoins
basiques d’un être vivant : une eau et une nourriture sans poison et sans
objets tranchants qui porte atteinte à leurs vies. Elle n’espérait qu’une vie
sûre sans menaces d’empoisonnement et sans torture jusqu’à la mort, sans recevoir
de coups de pieds la renvoyant loin du chemin de monsieur l’être Humain qui
passe par la rue où elle habite et qu’elle n’a pas choisi volontairement. Quant
à mes vœux à moi pour elle et pour toute sa famille, dans notre rue et dans
toutes les rues de notre pays, c’est qu’ils puissent avoir de petites maisons
conçues spécialement pour eux, dans les quelles ils puissent se réfugier les
nuits d’hiver et les longues journées de chaleur, mes vœux pour tous les
chiens, que les humains leur tendent la main avec une nourriture sans poison et
une eau propre à boire et qu’ils puissent vivre en paix. Et que tout membre de
cette société, qu’il soit musulman ou chrétien, sache que le traitement décent
de ces êtres vivants est un devoir et que dieu nous jugera pour notre
comportement envers ces êtres vivants qu’il a mis parmi nous et qu’on a appelé
‘’animaux domestiques’’ en raison de leur fidélité et leur attachement à
l’homme, surtout si ce dernier les traite convenablement et leur tend une main
douce et tendre. Ces vœux demeurent chers à mon cœur ainsi que pour Ghalia,
dans l’espoir de les voir se réaliser un jour.




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